Etats-Unis : Les services de renseignement demandent aux Américains de leur «faire confiance les yeux fermés» (Mark Weisbrot, The Hill)

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Mark Weisbrot, The Hill 09/01/2017

Si la première victime de la guerre est bien la vérité, comme nous le rappelle le vieil adage, force est de constater que la première victime de la Nouvelle Guerre Froide est l’ironie. Nos plus aguerris journalistes n’ont pas l’air d’avoir repéré l’ironie Orwéllienne du Sénateur John McCain demandant au directeur National du Renseignement (Director of National Intelligence, DNI) James Clapper si Julian Assange avait une quelconque crédibilité, durant l’audition de vendredi dernier au Sénat. Assange a maintenu que les emails –hackés oui fuités- du Parti Démocrate ne venait pas du gouvernement russe, ou d’un quelconque autre gouvernement.

Comme nous le savons déjà, Clapper a menti au Congrès au sujet d’une sérieuse violation des droits constitutionnels de millions d’américains. Ce mensonge est un délit pour lequel il aurait d‘ailleurs pu être poursuivi.

En mars 2013, Clapper a menti en répondant « Non monsieur » à la question : « Est-ce que la NSA collecte un quelconque type d’information sur des millions, ou des centaines de millions d’Américains ? ». Il admettra plus tard que sa réponse s’éloignait de la vérité.

Clapper a menti de nouveau durant l’audition de vendredi, lorsqu’il a dit qu’Assange était « inculpé » pour un « délit sexuel ». Dans les faits, Assange n’est inculpé de rien, et le gouvernement suédois ne l’a accusé d’aucun délit. En fait, c’est un prisonnier politique et le Groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations Unies a déclaré qu’il était détenu de façon arbitraire depuis 2010 par le Royaume Uni et la Suède, et a ordonné sa libération avec une compensation. Dès les premiers jours de sa persécution politique, il a proposé de coopérer avec les autorités suédoises à toutes les enquêtes le visant, et annoncé sa disposition à se faire interroger à n’importe quel moment Londres. Il ne peut pas retourner en Suède sans avoir la garanti qu’il ne sera pas envoyé ensuite aux États-Unis, où il risque vraisemblablement la prison (avant même d’être jugé) pour avoir divulgué des documents fuités qui exposent les crimes de guerre américains et d’autres tout aussi gênants. Tout indique que les Ministères des affaires étrangères suédois et britannique collaborent avec le gouvernement des États-Unis afin de le maintenir emprisonné.

Si un jury devait se prononcer sur le témoignage de Clapper face à celui d’Assange, le choix serait rapidement fait. Clapper est un menteur en série certifié, et en 10 ans de révélations de Wikileaks il apparaît qu’Assange n’a jamais menti.
Ceci dit, il est entièrement possible que le gouvernement Russe soit impliqué dans l’affaire des méls hackés, et Assange et Wikileaks ne sont pas nécessairement en mesure d’identifier la source originale de la fuite, ce qui est très compliqué à faire. Néanmoins, Nous le peuple [1] attendons toujours que nous soient présentées les preuves du soi-disant piratage informatique russe.

Mais les médias se sont montrés tellement distraits par l’effervescence suscitée par l’organisation de la soirée à thème aux relents d’Amérique des années 50 ayant pour thème « détestons Poutine et la Russie comme s’il n’y avait pas de lendemain », que l’absence de preuves est devenu presque sans importance dans le discours médiatique dominant. Le rapport du DNI publié vendredi, censé fournir au public les preuves selon lesquelles le gouvernement Russe aurait piraté des méls dans le but d’influencer les élections américaines, ne contient en fait aucune preuve le confirmant. Il était évident que Trump était le candidat préféré de Poutine et de son gouvernement. Mais nous n’avons pas besoin de preuves pour nous en rendre compte, la simple logique suffit. Quel gouvernement ne favoriserait pas un candidat qui promet de meilleures relations ?

Près de la moitié du rapport, consistant en attaques contre des média russes dont la chaîne de télévision Russia Today, est bon pour la poubelle. Voilà une autre situation ironique : les médias qui ont fait basculer l’élection en faveur de Trump n’étaient pas Russes mais bien Américains, malgré le fait que la plupart de ses journalistes et des éditorialistes trouvaient le candidat répulsif. L’énorme avantage de Trump en matière de publicité gratuite e l’a pas seulement fait gagner al primaire, mais aussi la présidentielle. Ce sont les médias US qui ont donné beaucoup d’importance à la lettre du directeur du FBI James Comey, en l’utilisant pour supplanter les scandales de Trump, dont les accusations de harcèlement sexuel, lors des 11 derniers jours –qui sont cruciaux- durant lesquels des millions d’électeurs choisissent leur candidat.

Autre fait ironique : les Etats-Unis influencent des élections (et renversent des gouvernements) dans le monde entier depuis plus d’un siècle. Combien de centaines de millions de personnes, en passant de l’Indonésie au Chili et des douzaines d’autres pays, auraient préféré que les Etats-Unis se limitent à faire dans leurs pays seulement ce dont on accuse aujourd’hui la Russie ? Bien sûr il ne s’agît pas ici de justifier les interventions étrangères, mais si nous voulons comprendre la situation il faut tenir compte de ces faits. L’intervention de Washington en Ukraine, par exemple, a aidé à faire basculer ce pays dans une guerre civile qui est à la base de l’actuelle situation de Guerre Froide entre les Etats-Unis et la Russie.

La couverture médiatique est digne d’un spectacle de cirque, tout particulièrement avec les acrobaties de divers hommes politiques qui jonglent avec des enjeux de Guerre Froide et de paix et qui seraient bien stupides de croire en la bonne foi des agences de renseignement, après que celles-ci aient menti tellement de fois, des supposées armes de destruction massives en Irak à la résolution du Golfe du Tonkin ayant entraîné la Guerre du Vietnam.

L’histoire officielle signale qu’ils ne peuvent pas révéler comment ils savent ce que le gouvernement Russe a fait parce que cela compromettrait leurs sources et/ou leurs méthodes. Désolé les amis, mais vous êtes en train de menacer d’empirer encore plus les relations avec une superpuissance possédant l’arme nucléaire, alors vous devez vous montrer plus convaincants. Comme l’a dit George W. Bush, « Bernez-moi une fois, honte à vous… Bernez-moi deux fois… On ne peut pas se faire berner à chaque fois ! »

 

Mark Weisbrot

Traduit par Luis Alberto Reygada pour Le Grand Soir
Twitter : @la_reygada

Source originale – The Hill (USA): http://thehill.com/blogs/pundits-blog/homeland-security/313364-intel-agencies-ask-americans-to-trust-dont-verify-in-new

Mark Weisbrot est co-directeur du Center for Economic and Policy Research CEPR), basé à Washington, Etats-Unis ; il préside aussi l’organisation Just Foreign Policy. Il est l’auteur du livre « Echec. Ce que les ‘experts’ n’ont pas compris au sujet de l’économie globale » (Akal, Madrid, 2016).
NDT :

[1] « We the people » dans le texte, en référence aux premiers mots du préambule de la Constitution des États-Unis d’Amérique.

 

 ARTICLE ORIGINAL:

Intel agencies ask Americans to ‘trust, don’t verify’ in new Cold War

Just as the first casualty of war is said to be the truth, the first casualty of the new Cold War is irony. Our most prominent journalists seem to have missed the Orwellian irony of Sen. John McCain (R-Ariz.) asking Director of National Intelligence (DNI) James Clapper at Friday’s Senate hearings if Julian Assange has any credibility. Assange has maintained that the hacked or leaked emails of Democratic Party officials did not come from the Russian government, or any other government.

As is well-known, Clapper lied to Congress about a serious violation of the constitutional rights of tens of millions of Americans. This lie is a crime for which he actually could have been prosecuted. In March 2013, Clapper falsely answered, « No, sir » to the question, « Does the NSA [National Security Association] collect any type of data at all on millions, or hundreds of millions of Americans? »

He later admitted that his answer was untrue.

Clapper lied again in Friday’s testimony, saying that Assange was « under indictment » for « a sexual crime. » In fact, Assange has not been indicted for anything, and the government of Sweden has never even charged him with a crime. (He was initially questioned by Swedish police but allowed to leave the country.)

In reality, he is a political prisoner, and the United Nations Working Group on arbitrary detention has found that he has been arbitrarily detained since 2010 by the United Kingdom and Sweden, and ordered his release and compensation.

He has offered from the beginning of his political persecution to cooperate with the Swedish authorities in any investigation, and to be interviewed at any time in London. He could not safely return to Sweden without guarantees that he would not be sent to the U.S., where he currently faces a high likelihood of imprisonment (even before any trial) for having published leaked documents that exposed U.S. war crimes and other embarrassments.

For years, neither Sweden nor the U.K. would agree to that because, it appears, their foreign ministries are collaborating with the U.S. government to keep him imprisoned.

For anyone on a jury who had to weigh the testimony of Clapper against that of Assange, it would be a no-brainer. Not only is Clapper a proven and serial liar, but in 10 years of WikiLeaks revelations, Assange has never been shown to have lied about anything.

That said, it is entirely possible the Russian government was involved in the hacking of emails here, and that Assange and WikiLeaks would not necessarily be able to identify the original source of the leaks, which is very difficult to do.

However, we the people have yet to be presented with evidence that Russian hacking is what actually happened.But the media has become so distracted with the festivities at America’s new 1950s theme party, hating on Russian President Vladimir Putin and Russia like there’s no tomorrow, that the lack of evidence has become almost irrelevant to the big media conversation.

The DNI report released on Friday, supposedly to provide the public with evidence that the Russian government had indeed hacked emails in order to influence the U.S. elections, contained no actual evidence that they did so. There was a lot of evidence that Trump was the preferred candidate of Putin and his government. But we didn’t need evidence for this; pure logic would have sufficed.

What government wouldn’t favor a candidate who promises better relations with them?

Another irony: The U.S. has been hacking elections (and toppling governments) around the world for more than a century. How many hundreds of millions of people, from Indonesia to Chile and dozens of countries in between, wish that all the United States did to their elections was what Russia is accused of doing here in 2016?

Of course, that is no justification for any foreign intervention here, but it is part of the current story if we want to understand it. Washington’s intervention in Ukraine, for example, helped push that country into a civil war that became the main cause of the current state of Cold War between the U.S. and Russia.

About half of the report was littered with a long rant against Russian-sponsored media, including the television station Russia Today. Here is another deep irony: The media that swung the election for Trump was not Russian but American, despite the fact that most of these journalists and editors found the candidate repellent.

Trump’s huge advantage in free publicity not only won him the primary, but continued into the general election. It was the U.S. media that made FBI Director James Comey’s letter so important — because the broadcast media used it to displace Trump’s scandals, including the allegations of sexual assaults — in the crucial last 11 days when millions of voters made up their minds.

The media coverage makes for an entertaining circus, especially the acrobatics of various political leaders as they flip-flop on issues of Cold War and peace and who should be stupid enough to believe intelligence agencies, on faith, after they have lied about so many things from Iraq’s alleged weapons of mass destruction back to the Gulf of Tonkin resolution and the Vietnam War.

The official story is that they can’t show us how they know what the Russian government did because that would compromise their intelligence sources and/or methods. Sorry, folks; you are threatening to worsen relations even further with a nuclear weapons superpower — you are going to have to show us some evidence.

As President George W. Bush famously said, « Fool me once, shame on … shame on you. …. Fool me, you can’t get fooled again! »

Mark Weisbrot is co-director of the Center for Economic and Policy Research in Washington and the president of Just Foreign Policy. He is also the author of the book « Failed: What the ‘Experts’’Got Wrong About the Global Economy » (Oxford University Press, 2015). You can subscribe to his columns here.


The views expressed by contributors are their own and not the views of The Hill.

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